Les plastiques sont l’un des plus gros polluants de nos mers et océans. Concrètement, les microplastiques issus des produits cosmétiques, des détergents et savons, des gélules de médicaments ou de la casse de plastiques plus gros, peuvent se retrouver dans les milieux naturels et faire partie de la chaîne trophique.

Mais que sont les microplastiques et où les trouve-t-on dans les cosmétiques ?

Microplastiques

Les microplastiques sont définis comme ayant une taille inférieure à 5 millimètres. Dans un post précédent, nous vous avions indiqué les problèmes que ceux-ci représentent pour l’environnement, mais aussi pour la santé humaine. De nouvelles études ont mis en évidence ce problème :

  • En 2022, un groupe de chercheurs du CSIC a publié une étude indiquant comment l’ingestion de microplastiques réduit la diversité du microbiote colique, ce qui pourrait altérer l’équilibre intestinal et donc la santé gastro-intestinale [1].
  • Diverses études réalisées en cultures cellulaires ont montré le potentiel des microplastiques inhalés ou ingérés, induisant une toxicité physique entraînant un stress oxydatif, des réactions inflammatoires et des dommages à l’ADN, ainsi que des effets neurotoxiques et métaboliques [2].
  • Outre la toxicité des microplastiques, certaines études suggèrent qu’ils peuvent agir comme vecteurs de toxicité microbiologique, porteurs de bactéries pathogènes opportunistes et de gènes de résistance aux antibiotiques pouvant interagir avec le microbiote intestinal [2].
  • Enfin, les microplastiques, comme d’autres éléments de pollution, peuvent provoquer des altérations du microbiote cutané et des perturbations de la fonction barrière. Ce qui peut entraîner des problèmes dermatologiques comme la peau atopique [3].

Pour autant, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a suggéré aux pays de l’Union européenne de réduire l’utilisation des microplastiques. La Commission européenne élabore actuellement une nouvelle législation pour réglementer l’utilisation des microplastiques, ce qui pourrait signifier une réduction de 500 000 tonnes de plastique au cours des deux prochaines décennies.

Microplastiques dans l’industrie cosmétique

Quand on pense aux plastiques, on imagine généralement des bouteilles ou des bouchons qui se dégradent jusqu’à devenir des microplastiques. Mais on les retrouve aussi dans les produits cosmétiques.Ainsi, selon le rapport Plastic: The Hidden Beauty Ingredient, de l’organisation de conservation marine, Plastic Soup Foundation, 87% des produits cosmétiques contiennent des microplastiques. Ce résultat est issu de l’analyse de 7 704 produits cosmétiques.

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Mais d’où viennent les microplastiques dans les produits cosmétiques ?

En général, la plus grande présence de microplastiques se trouve dans les produits exfoliants, le savon pour les mains et le dentifrice. Ces produits produisent des microplastiques en nécessitant une friction pour leur utilisation.

Cependant, d’autres produits comme les gels douche ou les vernis à ongles utilisent dans leur formulation des microbilles qui peuvent se retrouver dans l’environnement, si elles ne sont pas traitées correctement, puisqu’un rinçage est nécessaire à leur utilisation.

L’avenir des microplastiques dans l’industrie cosmétique

L’industrie cosmétique est consciente de l’énorme problème que posent les microplastiques pour l’environnement et donc pour la santé humaine. Pour cette raison, en 2021, la réglementation espagnole a interdit les produits cosmétiques et détergents contenant des microplastiques ajoutés intentionnellement, comme les microbilles [4]. D’autres pays comme les États-Unis, le Canada, la République de Corée, la Nouvelle-Zélande, Taïwan ou la Thaïlande ont interdit la présence de microplastiques dans les produits nécessitant un rinçage.

L’Union européenne veut aller plus loin, c’est pourquoi elle prépare une évolution de la réglementation européenne, qui signifiera un changement de paradigme dans la production des produits cosmétiques. Selon ce règlement, la concentration de microplastiques ne peut pas dépasser 0,01 % p/p, compte tenu des considérations suivantes :

  • Les microplastiques considérés sont des polymères synthétiques non biodégradables. Mais les polymères synthétiques biodégradables, les polymères naturels ou les polymères qui ne contiennent pas de carbone dans leur structure chimique ne seront pas considérés comme des microplastiques.
  • Seuls les polymères solides seront considérés comme des microplastiques ; les liquides, les gaz et ceux dont la solubilité est supérieure à 2 g/L seront omis.
  • Les molécules individuelles ne seront pas considérées comme des microplastiques.

De plus, la réglementation prévoit que les polymères synthétiques non biodégradables ayant des fonctions telles que la formation de film, cessent d’avoir la propriété de microplastique une fois qu’ils ont rempli leur fonction.

Enfin, une obligation d’étiquetage est prévue indiquant la présence de microplastiques, y compris des instructions d’utilisation pour éviter leur rejet dans l’environnement.

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Conclusion

Comme l’indique-le Beauty Cluster Barcelona, la plus grande libération de microplastiques provient principalement des processus dans lesquels les plastiques plus gros se dégradent, et pas tant de l’utilisation principale de ces microplastiques lorsqu’ils sont ajoutés aux produits cosmétiques [5].

Enfin, il convient de noter que l’industrie cosmétique s’adapte depuis des années à la réduction de l’utilisation des microplastiques. En effet, selon une étude réalisée par Stanpa en 2020, les entreprises cosmétiques ont éliminé 97,6% des microsphères plastiques dans les produits à rincer, ce qui équivaut à 4 250 tonnes de microplastiques qui n’ont pas été rejetés dans l’environnement [6].

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Références

1. Tamargo, A., Molinero, N., Reinosa, J. J., Alcolea-Rodriguez, V., Portela, R., Bañares, M. A., Fernández, J. F., & Moreno-Arribas, M. V. (2022). PET microplastics affect human gut microbiota communities during simulated gastrointestinal digestion, first evidence of plausible polymer biodegradation during human digestion. Scientific reports, 12(1), 528. https://doi.org/10.1038/s41598-021-04489-w

2. Vethaak D, Legler J. (2021). Microplastics and human health. Science. 12 Feb 2021 Vol 371, Issue 6530 pp. 672-674. DOI: 10.1126/science.abe5041

3. Celebi Sozener, Z., Ozdel Ozturk, B., Cerci, P., Turk, M., Gorgulu Akin, B., Akdis, M., Altiner, S., Ozbey, U., Ogulur, I., Mitamura, Y., Yilmaz, I., Nadeau, K., Ozdemir, C., Mungan, D., & Akdis, C. A. (2022). Epithelial barrier hypothesis: Effect of the external exposome on the microbiome and epithelial barriers in allergic disease. Allergy, 77(5), 1418–1449. https://doi.org/10.1111/all.15240

4. https://mcamps.com/microplasticos-en-cosmetica-prohibidos-julio-2021/

5. https://beautycluster.es/blog/el-desafio-de-los-microplasticos-en-la-industria-cosmetica/

6. https://www.stanpa.com/notas-prensa/la-industria-cosmetica-confirma-la-reduccion-del-uso-de-microparticulas-plasticas-en-un-976-y-adelanta-dos-anos-su-compromiso-de-eliminarlas-antes-de-2020/

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